L’INÉVITABLE…

Ce qui est inévitable est sans importance (Danielle Darrieux).

Belle phrase qui m’a frappé instantanément et sur laquelle j’ai décidé de me pencher de bonne heure.

Reste à savoir ce qui est inévitable… Objectivement sans doute.

La vieillesse et la mort pour l’instant sont les seules dames que chacun de nous est destiné à croiser; la seconde étant, semble-t-il, absolument inévitable. Je précise bien « pour l’instant » et « semble-t-il » dans la mesure où l’on peut lire çà et là que bon nombre de personnes s’affairent autour d’elles et cherchent à les rendre… Évitables. La quête prométhéenne par excellence ne cessera donc jamais de hanter les mortels possiblement provisoires que nous sommes encore.

S’il était absolument certain qu’il existe de l’inévitable ad aeternam, je ne nuancerais pas mon propos. Disons qu’il existe à ce jour de l’inévitable pour vous et moi en 2022, et encore pour longtemps sans doute, mais que dans un avenir lointain, il se pourrait qu’une fin soit mise à notre fin, en même temps qu’à notre décrépitude physique.

De son côté les religions ont réglé le problème de la mort depuis belle lurette, tout en lui conservant son mystère quand la science cherche à sa manière de la conjurer en s’appliquant à faire disparaître ses signes avant-coureurs. L’une agit du dedans quand l’autre est tout extérieure. Nous verrons bien !

Bien qu’elle crut sans doute en être oubliée, concédons à Madame Darrieux (qui nous a quittés, alors qu’elle était centenaire) que la Faucheuse se conjugue toujours au futur (trop) proche et que nous la rencontrerons bien trop tôt ; dans le meilleur des cas, après avoir perdu notre corps… Ou presque. Alors, puisqu’il ne peut en être autrement, pourquoi nous en préoccuper en effet.

Carpe diem! Carpe horam (comme nous l’a recommandé Horace) et récitons-nous dans la foulée ce merveilleux poème de Baudelaire que Serge Reggiani récita magistralement dans « Discorama » aux côtés d’une Denise Glaser médusée :

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : ‘Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Amen !

© Thierry Aymès

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