SE (Re) METTRE EN QUESTION

Souvent, il m’arrive de m’interroger au sujet d’une expression courante, comme d’autres s’émerveillent les nuits d’illunation* ? Celle-ci est très intéressante.

Elle sous-entend comme un dédoublement faisant apparaître l’analyste en même temps que l’analysé. Étrange phénomène qui ne fait que marquer un peu plus la spécificité de la conscience dont le propre est de faire de l’humain un être qui n’est jamais exactement ce qu’il est, qui ne coïncide pas avec lui-même.

Nous serions donc à même de nous « mettre en question », c’est-à-dire de ne pas nous contenter d’être ce que nous sommes, bien que déjà scindés. La « mise » ou la « re-mise » en question prendrait acte de cette division pour en faire un outil de perfectionnement, d’ajustement. La personne invitée à se (re)mettre en question doit se tourner vers elle-même pour procéder à quelques réglages en direction d’autrui dans le but d’assainir sa relation avec lui.

Mais dans ce cas, qui questionne qui ?

Quel est ce sujet qui met en question ce quelqu’un qui, de fait, est objet ? Et qui, dans ce cas, valide le jugement du premier ?

À moins de faire appel à une entité tierce, nous sommes là face à ce que les philosophes appellent une question aporétique, autrement dit, une question « cul-de-sac ».

D’où sans doute la nécessité d’un vis-à-vis, d’une personne avec qui travailler sur soi ; cette personne pouvant être un thérapeute.

La dualité débouche sur une impasse, tandis qu’une parole tierce la sauve de cette voix sans issue.

© Thierry Aymès

* Néologisme construit sur la base de celui qu’Arthur Rimbaud forgea en 1871 en proposant le verbe « illuner » dans « Les poètes de sept ans » pour signifier le fait d’être éclairé par la lune.

SAINT-PAUL A RAISON

« Qu’as-tu donc qui ne t’ait été donné ? » (1 Co 4.7)

Longtemps avant que je n’apprenne que Saint Paul l’a proclamé vers 55 av J.- C dans sa première épître aux Corinthiens, j’affirmais cela au grand dam des « méritocratistes » qui ne manquaient jamais de faire entendre le lien direct qu’ils établissaient entre réussite sociale, travail et volonté.

Mais en y réfléchissant avec honnêteté, qu’ai-je donc en effet qui ne m’ait été donné ? Rien. Ni ce corps, ni ces dispositions, ni cette volonté… Rien.

Dès lors, m’enorgueillir de ce dont je ne suis pas l’auteur radical (à la racine), n’est rien d’autre qu’un délire appartenant possiblement au registre des troubles mentaux.

Cet homme dont la réussite sociale est éclatante n’a-t-il donc aucun mérite ?

Demandons-nous d’emblée s’il est fondamentalement pour quelque chose dans cette réussite ? S’est-il levé un matin en se disant par exemple, aujourd’hui, je vais être intelligent, beau, talentueux ou volontaire ? Bien sûr que non ! Ces choses-là ne peuvent être voulues.

Vous conviendrez sans doute aisément des 3 premières « qualités » et plus difficilement de la dernière qui, au passage est à la racine de beaucoup d’autres comme la détermination, le courage, la ténacité, la résistance, l’énergie, la force mentale etc.

Or, quitte à nous brouiller avec les adeptes du « Quand on veut, on peut », est-on à même de décider d’être volontaire ? Autrement dit, peut-on vouloir vouloir ? Pour vouloir vouloir, il faut déjà vouloir, et de ce premier vouloir, nous ne sommes pas les décideurs. Dire « je veux » au sens philosophique (et même métaphysique) est donc une forfanterie. Dire : « Quelque chose veut en moi dont je ne suis pas maître ». serait plus précis. Je ne suis pas à l’origine de mon vouloir.

Dès lors, peut-on affirmer qu’être fier de ce que l’on fait relève d’une courte vue et qu’il ne serait pas moins stupide d’être fier de la longueur de son intestin ou de la pluie qui tombe du ciel.

Tout est don, y compris ce qui semble être le produit d’un long travail dans la mesure où ce long travail n’a été possible que grâce à ce qui nous a été donné en amont.

Celui qui ne réussit pas à se faire une place au soleil (si c’est ce qu’il veut) n’y parvient pas dans la mesure où quelque chose ne lui a pas été donné pour ce faire.

Et la liberté dans tout ça ? Bonne question. Peut-être ne s’exprime-t-elle que dans l’acceptation ou le refus de ce qui nous a été donné ou non ?

À approfondir.

© Thierry Aymès

PS : Il paraît évident que certains, dès leurs naissances, sont moins chanceux que d’autres; les héritages génétiques et sociaux sont à la défaveur de beaucoup. Reste alors au politique de régler au mieux ces écarts.

LE TEMPS D’HÉRACLITE

À un ami qui, à l’occasion d’un apéritif que nous prenions chez lui, me demandait ce que je comprenais de la célèbre phrase d’Héraclite : « Le temps est un enfant qui joue », je répondis d’abord qu’il méritait bien son surnom. En effet, la clarté n’est pas ce qui caractérise ce philosophe que l’on a très vite qualifié d’obscur. J’ajoutai immédiatement que je me pencherais sur la question dès le lendemain pour essayer d’en dire quelque chose sans prétention et voici ce que j’écrivis très vite :

« Le propre de l’enfant n’est-il pas e jouer en effet ? Et qu’est-ce que jouer, si ce n’est se divertir à l’aide de ceci ou cela ? Ainsi, le temps serait-il un dieu (un Titan même) soustrait de fait à ce qu’il personnifie, aimant à s’amuser avec le monde et plus particulièrement avec les humains. Soit ! Mais encore ?

Enfant, il l’est surtout de n’être point encore pétrifié, corseté par les interdits en tous genres, il l’est d’être amoral, sans égard pour autre chose que son propre plaisir. Pour lui, tuer n’est pas tuer, c’est encore jouir; pas plus que que diminuer, affaiblir, disperser…

Le temps ne serait alors qu’un pervers polymorphe comme le dirait Freud, un monstre exultant de détruire et ne sachant pas ce qu’il fait. Il serait jugé innocent parce qu’irresponsable ; éternellement mineur. »

© Thierry Aymès

LES MOTS…

S’il vous plaît, dites-moi ce qu’est la poésie si elle est réduite à une esthétique spécifique portée par une personne dont la vie n’est qu’en très peu de points conforme à ce qu’elle est sensée dévoiler ?

Pour ma part, j’ai arrêté d’écrire des poèmes, le jour où j’ai compris qu’ils étaient bien trop extérieurs à mon parcours et qu’ils n’étaient tout une plus qu’une vague intuition d’un ailleurs qui ne se paye pas de mots…

LA CAF AU ROSSIGNOL

LA NOUVELLE PUB POUR LA CAF : « Que de stéréotypes dans ce clip… Le modèle 1 papa/1 maman, bel appartement, petits blondinets et vacances à la mer ne correspond ni à la diversité des familles ni aux réalités sociales ». Dixit Laurence Rossignol.

Pourtant, à y regarder de plus près, le clip met en avant une pluralité de personnes blanches, noires, asiatiques ou en situation de handicap. Vraisemblablement, ce n’est pas suffisant pour la sénatrice socialiste qui n’accepte pas qu’une famille par trop « classique » conclue la vidéo. Qu’aurait-elle donc souhaité ?

Je pense que le summum pour elle eût été que le clip s’achèvât sur un couple homo composé d’une femme (ou d’un homme) corpulent-e d’une origine extérieure à l’Europe et d’une autre (ou d’un autre) de toute petite taille (européenne cette fois-ci). On aurait pu deviner qu’elles (ou ils) ont adopté 2 enfants de couleurs non-blanches dont l’un, déjà adolescent et de sexe masculin, serait habillé en jupe et l’autre, de sexe féminin, porterait un foulard. Ç’aurait été, selon elle, le reflet de la France actuelle. Mais alors, ne prendrait-elle pas ses désirs pour la réalité ?

Quand la marge devient plus importante que la pleine page, que les choses sont inversées, ne peut-on rien regretter ? Non ! De nos jours, ne vous risquez pas à dénoncer ce genre d’aberrations, vous passeriez illico pour un nostalgique du pétainisme avec sa kyrielle d’adjectifs. C’est ce que m’a écrit un imbécile en commentaire d’un texte que j’ai récemment rédigé au sujet du concert de clôture du festival d’Avignon…

Confondre son désir de réalité sociale avec la réalité factuelle de ladite réalité sociale, n’est-ce pas le signe d’une certaine fragilité mentale ? Confondre le marginal avec le général, faire de l’exceptionnel ce qui infirme la règle au lieu de la confirmer et de l’individu l’horizon indépassable d’une société, n’est-ce pas préférer le résultat d’une dissection au « corps vivant » qui la précédait ?

© Thierry Aymès

L’HUMOUR EN DANGER

Voici une bonne dizaine d’années, j’avais été sollicité par Radio France pour écrire des chroniques de 2 minutes. J’avais fait mon essai à France Bleu Gard avec ce texte qui n’était pas passé aux yeux de celui qui aurait été mon directeur et qui souhaitait que je pense comme lui qui pensait comme son directeur qui pensait comme la radio en question, bref… Je n’ai pas intégré son équipe.

Peut-on rire de tout ou existe-t-il un « sacré objectif » que chacun se devrait de ne pas tourner en dérision ? À interdire de rire au sujet de ceci ou de cela, ne risque-t-on pas de tomber dans une interdiction de rire de quoi que ce soit et la liberté d’expression n’est-elle pas conséquemment menacée ?

Les africains ont souffert et souffrent encore, les homosexuels ont été longtemps maltraités et le sont encore, les juifs, les tziganes, les handicapés, les communistes ont connu leur malheur et le connaissent encore.  On ne plaisante pas avec la souffrance des gens ! C’est vrai.

J’ajouterai alors que, le cocu souffre d’être trompé, le nain de n’être pas assez grand, le gros de son surpoids, le drogué de sa toxicomanie, la veuve de sa solitude soudaine, le moche de sa laideur, le « plaqué » de sa séparation et celui qui glisse sur une peau de banane, de sa chute… La liste serait longue, infinie même et les communautés revendicatrices de plus en plus nombreuses ; jusqu’à l’atomisation pure et simple de notre fameuse et de plus en plus théorique « cohésion sociale ».

La souffrance serait-elle sanctificatrice du fait même du fardeau qu’elle inflige à celui ou celle qui en est la victime, et ce qui est saint devrait-il nécessairement nous inspirer un respect mêlé de crainte ? Sait-on jamais ?!  La justice immanente d’un rire illégitime pourrait nous condamner, à moins que ce ne soit la justice divine.

Et voilà,  le tour est joué !  Nous ne pouvons plus rire de rien.  Tout est sacré qui ne supporte pas l’humour essentiellement blasphématoire.

Aux antipodes de l’amour selon certains, l’humour mettrait à une distance très proche de celle qu’observe la raison, ce qui ne saurait l’être sans que nous soyons dans un même temps frappés d’inhumanité.  Or, si la raison, drapée dans sa froideur mortifère, n’est pas à même de donner une valeur aux choses, l’humour, de son côté, pourrait bien la reconnaître, mais refuserait obstinément d’y faire allégeance.

L’humour, comme le fou qui jadis l’incarnait, serait délinquant par nature, rebelle par vocation.   Et pourquoi pas ? La vertu ne serait-elle que d’obéissance ?  Et la désobéissance rimerait-elle nécessairement avec méchanceté ? Sans doute est-il difficile de ne pas coller à ce qui nous accable ou nous a accablés, mais n’est-ce pas également salutaire ?  N’est-il pas souhaitable que chacun ait suffisamment de force pour s’extraire de l’enfer où il se trouve, des limites où il  respire mal ? 

Redisons-le, « sans distance point d’humour ! ».  En ce sens, pourrait-on dire, il partage en effet la vedette avec la raison et la conscience.  Il faut ne pas se confondre avec ce que l’on pense pour le penser, il faut ne pas adhérer (dans le sens où les moules adhèrent) à ce que l’on voit pour le voir.  De même, il faut ne pas tremper tout entier dans la douleur pour en rire. 

J’envisagerai volontiers l’humour comme une mise en quarantaine à laquelle j’ajouterai cependant le désir quasi-divin de n’être d’aucun lieu et de n’endosser aucune identité spécifique.  « Vide » de pouvoir faire feu de tout bois et « quasi-divine » d’être partout et nullepart à la fois. Dès lors, « faire l’humour » reviendrait à s’absenter volontairement d’un chaos, un peu à la manière des différentes techniques de méditations qui, par la focalisation de votre attention sur un point donné, vous conduisent progressivement hors de l’espace-temps.  L’humour est une échappatoire, plus encore, elle est une « invite » faite à quiconque souhaite ne plus subir sa vie, subir son monde, subir son Histoire. 

Quelle différence fondamentale y a-t-il entre le violent qui vous frappe parce que vous l’avez regardé avec trop d’insistance et telle communauté qui revendique le droit de n’être pas tournée en dérision.   Chacun à sa façon ne se prend-il pas pour un sanctuaire ? Oui, on peut rire de tout !  Il faut vouloir rire de tout. Le rire est salvateur.  Reste à chacun de se sauver hors de lui-même, de ses croyances et de ses certitudes…par l’humour. 

Mais attention toutefois : « humour n’est pas moquerie ».  Tandis que le moqueur colle à la réalité et s’en sert contre un « autre », sachant que cet autre la subit et y colle également ;  tandis que le « gros » verra sa grosseur qui le crucifie confirmée du dehors par le moqueur ; tandis que la moquerie condamne, l’humour seul peut sauver le condamné de sa peine. 

D’où il paraît logique que l’humoriste se doit de pratiquer son art avant tout sur lui-même s’il ne veut pas être taxé de méchant et être tenu pour un sage.

Je propose donc une sotériologie (1) par l’humour. 

® Thierry Aymès

(1)   – Partie de la théologie chrétienne concernant le salut et la rédemption par le Christ.

SAMUEL PATY

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Quatre jours après sa décapitation (le 16 octobre 2020), j’ai écrit ce texte que je vous livre ici :

« En privé, de très nombreuses personnes sont révulsées par la dernière horreur dont l’islam radical vient de se rendre coupable (et jusqu’à ceux-là même qui, jusqu’alors, étaient pour l’accueil sur notre territoire de tous les étrangers en détresse… Ils se reconnaîtront). Mais je constate que sur mon fil d’information assez peu de posts « vigoureux » défilent à ce sujet. Avec la complicité plus ou moins consciente de certaines associations et de certaines personnalités politiques que je ne nommerai pas, le terrorisme aurait-il atteint son objectif ? Car 2 terrorismes sont à l’oeuvre depuis longtemps sur notre territoire : celui de « La bien pensance » et celui des attentats au nom d’Allah. Résultat : chacun s’auto-censure de peur d’être traité de facho ou d’être victime d’une fatwa. C’est le règne de la peur.

Les symboles ne pourront rien contre cette guerre dont les politiques au pouvoir ne parviennent pas à dire le nom. Marche blanche, bougies, les « Je suis prof » sur Facebook, la légion d’honneur à titre posthume… Oui bien sûr, mais il faut dans un même temps que des mesures fortes soient prises. Fermer une mosquée pendant 6 mois est ridicule, menacer les terroristes de la déchéance nationale, comme se fut naguère projeté, l’est encore plus. Il est à noter que si les propos de l’imam ont semble-t-il participé à la décapitation finale de Samuel Paty, sa mosquée était pleine, et aujourd’hui ses fidèles manifestent même contre la très « piteuse » décision prise par Darmanin qui, ce faisant, ne fait que se contenter de communiquer en disant : « Vous voyez ? Nous agissons ». Mais communiquer n’est pas gouverner.

La France mourra de ses valeurs et de son esprit (de l’Etat de droit qu’elle est) si, entre autres choses, une réforme drastique du Code pénal n’est pas faite, interdisant ainsi les subtilités interprétatives des avocats spécialisés dans l’allègement des peines des assassins. Les procès depuis bien longtemps ne sont perdus ou gagnés que sur la forme, tandis que le fond reste ignominieux et intolérable. Nous perdrons cette guerre contre le terrorisme islamique à cause de notre notre trop grande tolérance, de notre trop grande empathie, de notre trop grande intelligence bienveillante. La subtilité des Lumières ne gagnera jamais contre la brutalité de l’obscurantisme et je crains fort que ce que l’Etat se refuse à faire ne soit très bientôt fait par les civils français qui n’en peuvent plus d’être condamnés à la nuance et au symbolisme. Combien d’attentats devront-ils encore avoir lieu dans notre pays pour que certaines décisions soient enfin prises ? Selon notre actuel Ministre de la Justice, 32 ont été déjoués ces derniers mois et je ne compte pas ceux qui, au cas échéant, sont relayés par les médias en tant que simples « accidents regrettables » (suivez mon regard). Alors qu’elle est plus que jamais divisée, La France a peur qui plus est, et n’est pas loin de capituler contre la barbarie; la très grande majorité des médias a déjà rendu les armes. S’ils s’unissaient une fois pour toutes en illustrant, chacun à sa façon, la liberté d’expression qui est notre ADN, un pas serait déjà fait… Insuffisant certes. Et ti tous les musulmans modérés (je le répète) manifestaient massivement contre ces horreurs dans les rues des grandes villes, l’amalgame tant redouté par les intellos, ne serait plus fait. Pourquoi donc ne s’empressent-ils pas de défiler avec des pancartes où serait inscrit : « Non à l’islamisme radical ! » bon sang ? Ont-ils également peur, et de leurs propres frères ? On peut être choqué comme je le fus par l’humoriste Frédéric Fromet sur France Inter qui chanta le 10 janvier dernier : « Jésus est pédé » et provoqua l’hilarité de ses comparses présents sur le plateau, mais alors je n’avais qu’à changer de fréquence. Au passage, cet humoriste se serait-il risqué à faire la même chose au sujet du prophète Mohamed ? Bien sûr que non. Ras-le-bol ! Les politiques doivent s’atteler « fissa » à de nombreuses réformes pour nous garantir la paix sur notre territoire.

L’islamisation de la France n’est certes pas le seul problème, avec le clivage blancs/noirs, riches/pauvres, gauche/droite, privé/public etc., le tout emballé dans l’incompréhensible affaire du Covid 19, nous sommes dans une sacrée mouise, mais le terrorisme avec cette décapitation de Samuel Paty (prof d’histoire) doit à mon sens donner lieu à des réactions gouvernementales fortes, sans quoi je le répète, j’ai bien peur que le peuple, excédé, ne s’en charge très bientôt. »

® Thierry Aymès

UN SHOOT

L’état amoureux n’a plus mon accord, ni chez l’un, ni chez l’autre. Je m’en méfie comme de la peste. Rationalisation ou décision objectivement fondée ? Nous pourrons toujours opter pour la première réponse bien sûr et c’est bien ce qui me dérange.

Je suis désormais pour la retenue, les fiançailles et non pour la précipitation et la consommation tant des phrases types dans ces cas-là que du corps du pseudo-conjoint. Mais qui peut attendre de nos jours ? Qui peut choisir de ne pas succomber au mirage que le désir d’être-à-deux rend urgent avec son cortège solennel de justifications plus intelligentes les unes que les autres ?

L’état amoureux résulte définitivement d’un processus mystificateur en diable qui nous fait prendre pour de l’amour ce qui n’est qu’une projection narcissique, une incapacité enchantée à sortir de soi.

Le temps me donne raison qui conduit le plus souvent les « amoureux » à rompre dès lors qu’ils sont confrontés à la réalité de l’autre au-delà de l’image qu’il s’en font.

Alors quoi faire ? L’amour, le véritable relèverait plus d’un acte volontaire partagé que d’un sentiment qui, positivement peut être source de bien belles choses certes, mais qui, en ce sens, ne vaut pas mieux qu’un shoot…

Ceci sans amertume aucune, ne vous méprenez pas je vous prie.

® Thierry Aymès (2013)

L’INÉVITABLE…

Ce qui est inévitable est sans importance (Danielle Darrieux).

Belle phrase qui m’a frappé instantanément et sur laquelle j’ai décidé de me pencher de bonne heure.

Reste à savoir ce qui est inévitable… Objectivement sans doute.

La vieillesse et la mort pour l’instant sont les seules dames que chacun de nous est destiné à croiser; la seconde étant, semble-t-il, absolument inévitable. Je précise bien « pour l’instant » et « semble-t-il » dans la mesure où l’on peut lire çà et là que bon nombre de personnes s’affairent autour d’elles et cherchent à les rendre… Évitables. La quête prométhéenne par excellence ne cessera donc jamais de hanter les mortels possiblement provisoires que nous sommes encore.

S’il était absolument certain qu’il existe de l’inévitable ad aeternam, je ne nuancerais pas mon propos. Disons qu’il existe à ce jour de l’inévitable pour vous et moi en 2022, et encore pour longtemps sans doute, mais que dans un avenir lointain, il se pourrait qu’une fin soit mise à notre fin, en même temps qu’à notre décrépitude physique.

De son côté les religions ont réglé le problème de la mort depuis belle lurette, tout en lui conservant son mystère quand la science cherche à sa manière de la conjurer en s’appliquant à faire disparaître ses signes avant-coureurs. L’une agit du dedans quand l’autre est tout extérieure. Nous verrons bien !

Bien qu’elle crut sans doute en être oubliée, concédons à Madame Darrieux (qui nous a quittés, alors qu’elle était centenaire) que la Faucheuse se conjugue toujours au futur (trop) proche et que nous la rencontrerons bien trop tôt ; dans le meilleur des cas, après avoir perdu notre corps… Ou presque. Alors, puisqu’il ne peut en être autrement, pourquoi nous en préoccuper en effet.

Carpe diem! Carpe horam (comme nous l’a recommandé Horace) et récitons-nous dans la foulée ce merveilleux poème de Baudelaire que Serge Reggiani récita magistralement dans « Discorama » aux côtés d’une Denise Glaser médusée :

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : ‘Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. »

Amen !

© Thierry Aymès