LA VIE MÉCANIQUE

Il y a ceux qui s’y complaisent et ceux qui ne la supportent pas; ceux qui la plébiscitent et ceux qui la conspuent. Même sans métro, il y a quand même le boulot et le dodo, les mêmes gestes, les rituels profanes. Quand certains, à ce qu’ils disent, ne vivent que de se renouveler, de croître, de s’inventer, d’autres ne jouissent que de se ressembler. Quand certains ne peuvent concevoir une vie sans inspiration, d’autres s’en méfient et ne courent qu’après le même, par souci d’économie… Semble-t-il.

Mais sans doute serait-il trop simple de scinder la gent humaine en deux catégories et de n’en glorifier que la part créatrice. Peut-être n’existe-t-il entre elles qu’une différence d’être, de posture existentielle.

Vue du balcon, telle personne peut donner le sentiment d’un comportement mécanique, alors que de l’intérieur, elle le vivra à chaque fois comme un moment de vie parfaitement nouveau sans même s’en rendre compte. Au secours de ce point de vue, nous pouvons par ailleurs invoquer le quotidien des moines ou de tout autres ascètes qui, dans leur grande majorité, s’en tiennent volontairement à un quotidien sans fantaisie aucune, mais habitent pleinement chaque seconde ou s’efforcent de l’habiter de la sorte.

C’est alors que ceux qui ne peuvent souffrir la monotonie d’un rythme, d’une semaine, font possiblement montre d’impuissance; c’est alors que l’artiste ou l’aventurier n’exprime dans sa quête de nouveauté qu’une incapacité à goûter chaque instant qui se présente avant de passer. L’instant présent, tellement célébré de nos jours, serait en définitive le don des quidams prisonniers d’une vie mécanique… En apparence seulement, tandis que les passionnés du changement ou de l’évolution ne seraient pas à même d’être là où ils sont, toujours tendus vers une herbe plus verte et comme poursuivis par un train-train qu’ils assimileraient à la mort.

Bien entendu, cette dichotomie n’existe pas, si ce n’est dans l’esprit des personnes qui préfèrent les « jugements commodes » à la « compréhension » bien plus ardue. Ce serait trop simple. Et comme le dirait K.G Jung (avec d’autres) c’est pour cette raison que la majorité d’entre nous préfère juger.

© Thierry Aymès

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