ONFRAY QUOI SANS MICHEL ?

L’universel n’existe pas, il n’existe que du particulier. (Michel ONFRAY)

Michel Onfray est bien connu pour la guerre qu’il mène contre les pourvoyeurs d’arrière-mondes. À l’ineptie métaphysique, la fiction idéaliste en philosophie ou les déréalisantes religions dites « révélées », il préfère l’exaltation du corps, du réel et du particulier.  Il ne croit pas  à l’existence objective des concepts.  Mais qu’est-ce qu’un concept ?  Pour obtenir le concept de table, je dois avant tout faire abstraction de toutes les particularités de chacune des tables que j’ai devant les yeux .  Je dois par conséquent prendre garde à ne pas y faire entrer la couleur, la matière et la forme par exemple.  En effet, une table n’est pas nécessairement rouge, carrée ou en bois ; ces qualités sont dites accidentelles ou inessentielles.  Je devrai donc la réduire à ce qu’elle a d’universel et chaque table particulière devra pouvoir se reconnaître dans ce concept.  Si je n’y inclus pas, par exemple, son plateau horizontal, je perds toutes les tables concrètes possibles.  Dès lors, reste à savoir si le concept universel ainsi obtenu est la condition sans laquelle aucune table particulière ne saurait exister. 

En tant qu’il en serait leur cause, ne serait-il finalement pas plus réel que toutes les tables du monde ?  Les idéalistes pensent effectivement que l’universel précède le particulier, que l’essence précède l’existence.  Rien n’existerait dans le monde sans son idée préalable dans un ciel que Platon appelle le ciel des intelligibles ; entendez par là, sans sa forme pure en un lieu où les êtres ne seraient approchables que par la raison seule, et non par les sens.  Même l’acte perceptif le plus élémentaire ne serait possible que dans la mesure où nous aurions une connaissance antérieur et intuitive de son essence extra mundi (en dehors du monde), sans quoi nous nous égarerions dans les détails de son être. 

Dans une salle où se trouvent des dizaines de tables différentes, comment pourrions-nous sans cela deviner qu’il s’agit d’un même objet ?  Ne nous faut-il pas posséder a priori son concept et dès lors, ce dernier n’existe-t-il pas au moins autant que chacune de ses déclinaisons possibles ?

Michel Onfray répondrait par la négative à cette question.  Il ne croit pas en un ailleurs.  Tout est ici. 

Contre ceux qui croient en une transcendance, en une capacité innée de s’extraire de leur mondanité et de poser un acte inconditionné (libre-arbitre), qui ne s’originerait dans aucune pulsion, aucun passé, aucune culture, il choisit l’immanence, ce monde-là, l’homme concret, l’individu (indivisible), le corps, le neuronal et donc… Le particulier.  Le concept et son universalité ne sont plus alors que l’effet d’un processus physiologique, s’ils existent, ce n’est que dans notre esprit, et les théories essentialistes en tous genres ne renvoient à rien qui serait à chercher derrière ; elles sont de purs fantasmes.  Diogène le chien, au IVième siècle, ne disait-il pas déjà : « Je vois bien un cheval, mais je ne vois pas la chevalité. »

Je ne suis pas d’accord avec Monsieur Onfray.

© Thierry Aymès

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